Dircom : votre influence se joue sur deux fronts

Interview Dircoms10 Minutes9 juin 2026

Vous passez votre temps à rendre les autres visibles. Votre DG, vos dirigeants, l’organisation à laquelle vous appartenez.

Votre propre influence dans l’organisation, elle, reste souvent en chantier.

C’est un angle mort du métier. Le dircom construit l’influence des autres avec méthode. La sienne, il l’improvise. Ou il l’attend.

Cet article part d’une conviction : votre influence se construit sur deux fronts, avec la même rigueur que celle que vous apportez aux autres. En interne, dans la façon dont vous cartographiez vos alliés, anticipez les enjeux métiers, cadrez votre périmètre et rendez votre contribution visible. En externe, dans le rayonnement de votre expertise au-delà de votre organisation. Fanny travaille le premier front. Maud travaille le second.

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L’influence interne : votre angle mort

Par Fanny VIANO-HAZERA , fondatrice de Take your place

35 % des dircoms estiment que leur fonction n’est pas reconnue comme stratégique en interne. (Comfluence, 2025). Pas faute de compétences. Faute d’influence construite consciemment, avec méthode.

Quatre leviers pour prendre votre place de partenaire stratégique.

Cartographier ses alliés

Pas pour savoir qui vous apprécie. Pour ne jamais arriver en réunion sans avoir préparé le terrain. Savoir qui convaincre en amont, quel argument porter à qui, quel allié activer avant que la décision se prenne sans vous.

En pratique : vous listez vos parties prenantes clés, vous évaluez leur proximité avec vos sujets, leur lecture réelle de la valeur de la communication, leur poids dans les arbitrages qui vous concernent. Ce travail prend deux heures. Il vous évite six mois à convaincre les mauvaises personnes.

Une directrice communication d’un groupe industriel a identifié, via cet exercice, que son allié le plus naturel au Comex n’était pas le DRH qu’elle sollicitait en priorité, mais le DAF qui pilotait les arbitrages budgétaires et cherchait des indicateurs d’impact qu’elle avait déjà. Trois mois plus tard, ils co-construisaient les KPI d’impact de la stratégie de communication. Le DAF les portait en Comex. Pas parce que le DRH n’était pas un allié. Parce que sur ce sujet précis, à ce moment précis, ce n’était pas le bon levier.

L’influence interne se construit avec les bons relais, pas avec tous les relais.

Anticiper les besoins métiers avant le brief

Tant que vous attendez la commande, vous êtes prestataire.

Provoquez un échange avec votre DRH avant qu’elle vous envoie son brief. Lisez le plan commercial avant qu’on vous demande une plaquette. Arrivez avec une lecture de leurs enjeux et une proposition alignée sur leurs priorités.

Vous n’êtes plus sollicité(e) pour produire. Vous êtes associé(e) pour construire. Et les directions métiers deviennent vos premiers relais quand vos sujets arrivent en Comex.

Anticiper les besoins métiers, c’est influencer sans avoir à convaincre.

Formaliser son offre de services interne

Les demandes qui arrivent de partout, sans priorisation, sans logique : c’est le symptôme d’un cadre qui n’a pas été posé.

Une offre de services interne, c’est le meilleur moyen pour être visible sur les bons sujets. C’est deux à trois pages qui définissent vos missions, vos périmètres, le « qui fait quoi ». Ce document change ce qu’on vous demande. Les sollicitations hors périmètre diminuent. Vous remontez dans la chaîne de valeur.

Sans ce cadre, vous absorbez. Avec ce cadre, vous arbitrez.

Construire ses KPI d’impact

En réunion de direction, ce qu’on ne voit pas n’existe pas.

Les KPI qui renforcent votre influence ne mesurent pas votre activité. Ils mesurent votre contribution à la trajectoire de l’organisation : engagement des équipes sur les priorités stratégiques, cohérence des messages entre les niveaux de management, perception de la direction par les parties prenantes externes.

Avant, impressions, portée, taux d’engagement. La com restait perçue comme un centre de coûts. Le basculement se fait quand vous présentez l’impact sur le recrutement (baisse du coût d’acquisition candidat), l’impact sur les ventes (corrélation entre campagnes et pic de demandes commerciales), l’impact sur la réputation (évolution du Net Promoter Score après chaque prise de parole).

Un dircom qui parle le même langage que ses décideurs n’a plus besoin de défendre sa place. Il l’occupe. C’est ce que j’appelle prendre sa place de Business Partner.

L’influence externe : votre terrain à investir

Par Maud BANDON, Conseil en communication corporate d’influence | Leader Advocacy • Réputation • IA

Pendant des années, l’invisibilité du dircom a été présentée comme un usage : la marque d’un professionnel qui sert sans s’exposer.

Vous êtes le premier stratège de l’influence dans votre organisation : vous en connaissez les mécaniques mieux que quiconque, en pilotez les dispositifs, en mesurez les effets. Et pourtant, vous ne placez pas forcément encore votre propre rayonnement professionnel au rang de priorité stratégique.

Le même chiffre, une autre lecture : 35 % des dircoms estiment que leur fonction n’est pas reconnue comme stratégique en interne, non pas faute de compétences, mais faute de rayonnement propre. (Comfluence, 2025)

La corrélation est documentée : à l’international, les directeurs de la communication qui ont construit une autorité visible dans leur écosystème professionnel siègent aujourd’hui à 51 % au comité exécutif, avec une progression de 17 % de leur proximité directe avec le CEO en deux ans. (Korn Ferry, décembre 2025)

La légitimité interne ne se décrète pas depuis l’ombre. Elle se construit et s’incarne. Votre prochain défi est peut-être le plus évident : vous construisez l’influence des autres. Votre propre territoire d’influence reste à investir.

De chef d’orchestre à acteur de sa propre influence

Les règles de la légitimité professionnelle perçue ont été reconfigurées.

En 2025, 92 % des dirigeants du SBF 120 sont actifs sur LinkedIn. Les dircoms en sont les premiers orchestrateurs : leur score d’influence a progressé de 21 % en un an. (AmazingContent / Classement ANC, 2025)

La refonte de l’algorithme LinkedIn de mars 2026 crée une opportunité structurelle inédite. La plateforme valorise désormais la profondeur d’expertise, la cohérence thématique et la régularité. À cela s’ajoute un effet de portée nouveau : LinkedIn est aujourd’hui l’une des premières sources citées par les IA génératives : ChatGPT, Perplexity, Gemini. (Semrush, octobre 2025) Ce que vous publiez sur vos expertises sur vos expertises (réputation, influence, crise, narratif corporate) peut désormais alimenter les réponses que vos parties prenantes obtiennent via l’IA. Votre visibilité d’expert ne reste pas confinée à LinkedIn.

Le choix stratégique est donc de faire de votre rayonnement d’expert un levier au service de votre influence interne et d’en être votre propre architecte. La parole est devenue un actif stratégique. L’advocacy, cette capacité à incarner une vision, à créer de la confiance est devenue une priorité d’entreprise.

Leader advocacy : la face externe de votre influence

Le personal branding, c’est construire une image. Le leader advocacy du dircom, c’est rendre publiquement lisible une expertise qui existe déjà, sur des enjeux réels (réputation, influence, crise, IA, narratif corporate). Ce n’est pas parler de soi. C’est incarner dans son écosystème ce qu’on porte en interne.

Sur le terrain, trois effets se vérifient de façon constante.

Effet légitimité Identifié comme référent dans votre écosystème, vous changez de posture en réunion de Comex. Vous y apportez un regard que les autres membres n’ont pas. Votre visibilité d’expert agit comme un signal de crédibilité.

Effet attractivité En rayonnant dans votre écosystème, vous générez des sollicitations (médias, pairs, conférences, appels entrants). Ces signaux deviennent des marqueurs de reconnaissance en interne.

Effet de cohérence En incarnant vous-même ce que vous structurez pour les autres, vous crédibilisez votre posture de conseil.

Quel que soit le contexte, les organisations et les cultures internes, votre reconnaissance externe et votre crédibilité interne se construisent ensemble. Les deux faces d’une même influence.

Influence interne, influence externe. Ce ne sont pas deux sujets séparés. C’est le même travail, mené sur deux fronts.

Ce que vous construisez en interne rayonne au-delà de votre organisation. Et ce qui rayonne en externe renforce votre poids en interne.

On vous propose de répondre à cette question pour passer à l’action :

Qu’est-ce que mon influence changerait à ma position, en interne comme en externe ?