Priscilla Simonet, Directrice de la Communication chez Cerba HealthCare, a rejoint notre Communauté.
Quel a été votre parcours jusqu’à ce poste ?
J’ai une quinzaine d’années d’expérience en communication, avec un parcours volontairement assez diversifié. J’ai évolué dans de grands groupes comme Bel et Tereos, puis dans des environnements plus entrepreneuriaux, notamment chez Wedoogift, devenu Glady, avant de rejoindre aujourd’hui Cerba HealthCare.
Cela m’a permis d’aborder toutes les facettes du métier : communication corporate et interne, relations presse, influence, marque, digital, gestion de crise ou encore accompagnement des transformations. Chez Glady, j’ai notamment piloté avec mon équipe la construction de la nouvelle marque dans un contexte de transformation (acquisition par Sodexo).
Ce que j’aime particulièrement dans la communication, c’est prendre des sujets complexes, parfois très techniques, et les rendre simples, accessibles et attractifs sans perdre leur substance. Comprendre suffisamment bien un sujet pour en identifier l’essentiel, trouver le bon angle et donner envie à des publics très différents de s’y intéresser.
En parallèle, je me suis formée à la transformation durable à Polytechnique. Cela correspond à une conviction profonde : la communication doit être utile à la transformation de l’entreprise et de la société et contribuer à une création de valeur économique, sociale et durable.
C’est d’ailleurs ce qui donne beaucoup de sens à mon rôle aujourd’hui chez Cerba HealthCare, dans un secteur, la santé, où les enjeux de pédagogie et d’impact sont particulièrement forts.
Quel a été votre plus grand défi en tant que Dircom ou Responsable communication ?
Je dirais accompagner des transformations profondes alors même que toutes les réponses ne sont pas encore connues. On imagine souvent que la communication intervient lorsque la décision est prise pour l’expliquer. Je crois au contraire que notre valeur commence bien avant.
Nous avons une position assez singulière dans l’entreprise : nous sommes en contact avec la direction, les collaborateurs, les médias, les clients, les partenaires, les réseaux sociaux, parfois les pouvoirs publics… Cela nous donne une vision à 360° de l’organisation et de son environnement et fait de nous des capteurs puissants de signaux faibles.
Une partie de notre métier consiste donc à faire remonter ce que nous percevons : un changement d’attente, une incompréhension, une tension qui monte, un sujet réputationnel ou au contraire une opportunité émergente.
Pour moi, la communication doit contribuer aux décisions. Et c’est probablement l’un des défis les plus intéressants du métier : passer d’une fonction parfois encore perçue comme essentiellement exécutante à une fonction stratégique.
Quelle idée reçue sur le métier de Dircom aimeriez-vous déconstruire ?
Justement, l’idée que la communication serait essentiellement une fonction d’exécution et qu’il suffirait de l’associer une fois les décisions prises.
Beaucoup de choses se jouent en amont. Un communicant qui comprend l’intention derrière une décision, le contexte dans lequel elle a été prise et ses implications peut beaucoup mieux anticiper la façon dont elle sera comprise ou reçue.
C’est pourquoi je crois beaucoup à la présence de la communication en instance de direction. Pas pour être informée de tout par principe, mais parce que la communication dispose de capteurs qui peuvent être utiles à la prise de décision.
Et il existe une deuxième difficulté propre à notre métier : tout ce qui compte n’est pas immédiatement mesurable.
Notre responsabilité est donc de démontrer des résultats à court terme tout en défendant une vision à long terme. C’est souvent cette accumulation de confiance, de cohérence et de visibilité qui finit par faire la différence entre un acteur parmi d’autres et un acteur de référence.
Et j’ajouterais une dernière chose : la communication interne n’est pas du happiness management. Elle est là pour donner du sens, expliquer, créer de la confiance et de l’adhésion, y compris lorsque les messages sont difficiles.
Qu’est-ce qui vous a motivée à rejoindre The Place ?
D’abord, l’envie d’échanger avec des pairs expérimentés qui rencontrent les mêmes problématiques.
Plus on avance dans ce métier, plus les sujets deviennent stratégiques, sensibles et parfois confidentiels. Et paradoxalement, moins il est évident de trouver les personnes avec lesquelles les challenger librement.
Il existe une forme de solitude du communicant : nous sommes souvent ceux vers qui l’on se tourne pour prendre du recul, trouver le bon positionnement ou anticiper les réactions. Mais nous avons nous aussi besoin de confronter nos convictions et nos intuitions.
Ce que je recherche chez The Place, ce sont donc des échanges très concrets : partager ce qui fonctionne, bien sûr, mais aussi parler franchement de nos arbitrages et de ce qui ne fonctionne pas.
Quels sujets aimeriez-vous creuser en priorité avec la communauté ?
L’intelligence artificielle, sans hésiter, mais moins sous l’angle des outils que sous celui de ce qu’elle va profondément changer dans notre métier.
Si demain une grande partie des contenus peut être produite ou déclinée très rapidement grâce à l’IA, la question devient : où se trouve réellement notre valeur en tant que communicants ?
Je suis convaincue qu’elle sera de plus en plus dans ce que la technologie reproduit moins facilement : la compréhension fine des contextes, les relations humaines, la confiance et la capacité à créer du collectif.
Et c’est presque paradoxal : plus l’IA prendra de place, plus nous aurons besoin de recréer du lien, des moments de rencontre et un véritable sentiment d’appartenance. La communication aura un rôle majeur à jouer pour remettre de l’humain et du collectif dans des organisations de plus en plus digitalisées.
Plus largement, j’aimerais donc réfléchir avec la communauté à cette question : à quoi ressemblera une direction de la communication dans cinq ans ? Quels métiers, quelles compétences, quels équilibres entre technologie et humain, et surtout quelle place auprès de la gouvernance ?
Un livre, un podcast, un outil ou une personne que vous recommanderiez à un autre Dircom ?
Je ne recommanderais pas uniquement des contenus sur la communication. La curiosité fait pour moi partie intégrante de notre métier.
J’écoute beaucoup L’Heure du Monde, parce que j’aime sa capacité à prendre un sujet complexe et à le décrypter pour le rendre accessible. C’est finalement assez proche de ce que nous faisons nous-mêmes en communication.
Depuis que je travaille dans la santé, j’écoute également Carnets de santé et Biomédicalement vôtre, qui me permettent de continuer à apprendre sur un secteur particulièrement riche.
Et si je devais citer une personnalité, je choisirais Anne-Sophie Lapix. C’est une communicante, même si elle l’est évidemment avec sa posture de journaliste. J’aime son côté incisif, sa capacité à aller chercher l’essentiel et à mettre en lumière des sujets de société importants en les rendant accessibles et intéressants.
Cela résonne beaucoup avec ma propre vision de la communication : comprendre des sujets complexes, trouver l’angle qui compte et réussir à donner envie aux autres de s’y intéresser. Et son parcours de femme dans un univers très exposé me parle aussi.



